Extraits et sommaire "Tourcoing en Poésie"



MAISON FLAMANDE



L'odeur du tapioca aux grains transparents
Perle dans le lait chaud des grands bols de faïence
Odeur de chocolat, odeur de cacao.

                            Annonciatrices les ailes de l'aurore                                                             
                                                                                                 
O matins magiques des réveils enfantins
Paupières éblouies au halo des ampoules.
Dehors, les rémouleurs raclent l'acier des dagues.

                          Le sommeil a brisé son gantelet d'or fin.
                                                                                                                                                                                                                                   
Une voix de sucre, chaude aquarelle à cœur
Voix de camphre et cannelle en poinçons de cristal
Piège les fla du sang - pétale sucre roux.

                           La parole s'attarde aux fibres de la peau.

Bruissante la cuisine aux rires étouffés
Frissonne d'oignons frits en picotis roussis
Pour ce midi d'homme promu à revenir.

                           Cache-cache mouillé de vitres et de nuages.

Les meubles sur la chaux béent leurs niches à vide;
L'espace apprivoise l'horloge à lunes d'arbre.
- crucifix de fer blanc - cuivre à larmes d'espoir.

                            Les mains créditent l'empreinte floue du désir.

Cils noirs, le vent claque les persiennes de bois
Lascive la masure ouvre le jour qui flambe.
La bouilloire à café sur la fonte frémit.

                            Dur, au Nord amer grimpe le lys fier de Flandres




EGLISE SAINT-CHRISTOPHE






Eperons, formerets, arcs, doubleaux
Miracle du Christ, fanum divin
Retable du jugement dernier
Saint-Christophe vibrionne encore
Des cardes et jacquards cacardant.

Semailles d'alphabet, les grés blancs,
A la gorge tendue à démons
Soliloque de pierre et de pluie
Entre leurs corps aux pattes griffues
Yeux hurlant des vagues de silence.

Debout, ligoté au temps, le chant
Du coq écrête sa gloire au ciel
Le camail ivre aux rives du vent
Tandis que la ramure des psaumes
Effeuille le front libre des vierges.

Portail, chapiteaux, fresques, vitraux
Des grains d'ambre pur des chapelets
Aux sourires en fleur des statues,
Marie, du purgatoire à l'enfer,
Tout se meut aux vœux de l'indulgence!











RUE DE GAND




Lacet délavé de pavés
Boulés démêlés déboulés
Grés garnis d'asphalte esboclés
Sous l'humeur sauteuse des roues
Houes de bois, sac à pioche, clic
Clac, fuite du vent vers la plaine.

Se déroule cahin caha
Clopi clopant, trotti trotta
De-ci delà, de la Grand-Place
Au Risquons-Tout, verse de ciel
Cran de lumière au crin de blé
Labours aux gerbes d'H.L.M.

Quand il pleut, flop, fluip, cloc, s'égoutte
Floc, fluip, cloc, du ciel goutte à goutte
Flip, flap, une coulée de rire
Colorée, collée au front pur
De l'avenir malgré l'écho
Du brouillard au jardin du temps.

Quand il soleille sur les échasses
Zinguées du vent, les cheminées
D'usine crachent leur filet
Blanc de brume sur la marée
Fragile des auvents d'argile
Pendus à ras de flanc de ville.

Le bitume rouillé de bruine
Braderie du jour feu d'anis
Après-midi tranché à cartes
Brouille le dimanche éperdu
Entre Phalempins et Belgique
Priant le ciel d'un peu de bleu.

Et quand s'entend l'écho du Père
Alors, escarbilles de feux
La rue s'élance en escarboucles
Flambant ses vitrines jusqu'à
La frontière des yeux qui roule
Le désir d'embraser l'étoile.







BOIS D'ACHELLES






La lucarne écumeuse piège le soleil
Gonfle le mouvement lent des arbres dorés

Crevant le ciel de lumière de folle avoine
Des anneaux d'ombre claire encerclent les clochers

Les pierres à genoux gardent les carrefours
Plus loin la route s'écharpe aux allées thuyas

Aux arêtes des toits s'égoutte à brise lune
La primerose d'argile à fleur d'autoroute.

Prairie délaissée dans l'ornière d'une étoile
La brume d'or des champs pateline les prés.

Dans les veines de cristal vert des avenues
Balle l'heure plus vaste des anges saphiques.

Etroits rivets d'ardoise aux broches bleues du bronze
La fresque bourgeoise noue des lys d'armoiries.

Point de vierges d'os aux patenôtres de laine,
Au chapelain en offrande ce paradis.

Pas d'oubliance vaine au crédo blanc des hommes:
Au dieu entreprise l'Agnus Dei d'argent.









L'EGALITE




Les morts appellent les  visages
Jamais vus au sommeil des tombes.
Entre deux cyprès le vent traîne
Des silhouettes de poussière:
Garde-souvenir des vivants.

Nus sous la terre à chair couleur
Brique lavée aux pluies d'automne
Leur bouche vibre encore au vin
Qu'égrènent les vasques de glaise
Aux froncis crissant du gravier.

La vigne verte des labours
Noie le noir des hauts murs d'usine
Bordant le parc du cimetière
Aux portraits d'argile écroulée
Livrant les saisons pour compagne.

Ils sont tous là, tout sanglés d'or
Froid de bois, relents de sciure
Solitude des jours sans nuit
Socle de nuit froissée sans jour
Gouttelettes d'étoiles bues.

Le vent fou, roitelet du cuivre
Dans le dédale du granit
Harasse les plages de marbre
D'acides rosacés de roses
Que cèdent les fleurs en tombant.

Loin de ces nues de nul ailleurs
Soleils éteints en plein midi
Tout le long du long boulevard
Trotteuses grappes de cœurs frais,
Les femmes s'en vont au marché.








AU  PONT DE NEUVILLE







Muet le chien depuis le départ du maître
Hurlements scellés à la fosse des morts.
Une croix de bois se dresse et se déploie
Sur le dos du marbre aux lueurs de phosphore.
Ténue, la pluie piéride épampre les pleurs
Cœur pied-bot brisé sur la toux des secondes.
Précipice et pénitence le fossé;
Dieu enseveli s'y colore de feux.
D'outre-terre le manglier du remords
S'élève. La comète du songe frappe
L'oreille bourdonnante du souvenir.
Ici-bas, c'est vivre et mourir pour revivre!
Sous la poitrine cogne le gong des voix,
Rebelle, l'ombre dépouille le visage
L'amour gravide vermille son honneur:
Les morts sont faux comme sont faux les vivants;
Le jour génère la nuit, la nuit génère le jour
Nul repos n'a touche: histoire de vivance.







LE PONT HYDRAULIQUE







Libellule d'acier
     Aux yeux d'enfance
Le tablier gémit
     L’œil sentinelle
L'eau froissant peu à peu
     L'âme du bois
Aux rivets ombrageux
     Monstre éphémère
Tel un château dansant
     Aux verts donjons
Chevauchant les péniches
     La nuit, le jour
Traits d'acier amassé
     Egayant Dieu.
Aux battements de l'onde
     Au cœur des cornes
Le clairon de l'écluse
     Pleure, temps mort
Ventre au berceau d'asile
     Jacinthe d'eau
Les haubans agrippés
     Geste figé
Aux moustaches de l'ombre
     Guettent le tram.









PELERINAGE






A se regarder en dedans
L'heure occupe au comble de soi
D'anciennes terres à labours
Jouxtant les prés, mêlant leur souffle
Aux haies de saules que dévoilent
Des ruelles de souvenir.

L'incandescence de leurs chants
Encercle l'argile des fossés
Collée au sable des marlières.
Sur leurs mains se brise la motte
De la glaise, repoussant l'ombre
Moisie d'un jour sans vent, sans bruine.

De terre, de cailloux, de schiste,
De murs aux plaques d'émail bleu
Le rivage des pas, meulant
Le ressac libre des nuages
Libres aussi à libre cœur
Effilochant l'us d'un sourire.

Des abreuvoirs publics sculptés
Sous le gîte venteux des ormes
Nous tressaillent les souvenirs
De lavage dans la cuvelle,
Mouflet, enfance enfouie, fuyant
Les pestiférés d'autrefois.

Le temps désincarné s'interne
Dans l'épaule, flambe musée,
Front ardents, sourcils en froncis,
Fieux fidèles aux voies d'amour
Vigiles au flot houleux de l'aube
Vagues marmousets de ténèbres.

Le sang fleuri de confrérie
Ils boivent les réminiscences
De sanctuaires, de seigneurs
Aux granges garnies de filets,
Mimant le cri des oiseleurs
Sanglés aux racines du jour.

Mémoire fantôme, les bus
Tirent de longues raies de brume,
Puis dans les rires en prière
Délivrent, des yeux alanguis
Passeurs de silences grisés,
De soleils aux franges du blé.

Vous qui viendrez ici goûter
De nos rires les éclats furtifs,
Ausculter le patois vibrant
De nos vieilles maisons flamandes,
Humer l'amorce bleue du ciel
Ecoutez,… seulement le vent.





                 


MAIRIE






Souvenir, toujours se souvenir,
Ou faire l'effort de se souffrir
Jeune en sa mémoire de lion.
Le drapeau des rires et des pleurs,
Qui claque, mouchoir à soutirer
Des rites et des fleurs, est là-haut,
Sur le fronton de tuile et d'ardoise
Alourdi de ses cinq besants d'or
Cloutant la croix d'argent sulfuré,
Ourlée, beuglée, balles de sang vif
A plein corps, blason hurlant à gueule.
Chaque rivetage est souvenir
De fer, de cuivre sous la volée
Du givre. Chaque poinçon est un
Eclat du bronze sur l'encolure
Des chevaux étrillés du vent fou,
Chaque capitule est un silure
De fièvre au silence de la rage.

Là, derrière les bonnets de laine
Ils sont sonnant la charge des goules
Telles ces goualeuses de caboulot
Dégringolant dur dans le goulot
Du réticule ouvert sur la place
Qu'enfila d'ombre à peurs Jean-Baptiste
Pour délivrer la charge sublime
Libérer la hache du fourreau
Clamer la hargnance exubérante
Au contour de poitrine flamande.
Droit de fougue, au diable l'indigence!
Le croc du métal poussé à chaud
Porte à l'abondance un flot de larmes.
Au ventre l'anthère du sang noir
Inonde les grés bleus de l'espoir.


Oyez!
Exultons. Lions nos tabliers,
Courage et fierté sont nos insignes.
1794
Résonne encore dans les tranchées
18 mai chante encore dans nos gorges
Là, le Dronckaert fume encore au pré:

                                                          Tourcoing est...   LIBRE !








ESTAMINET







C'est à pleines coupes
Qu'amitié au vin
Brille, elles se choquent.

La bière scintille
Guivre du houblon
La mousse en guipure

En tremblant les verres
Tintent aux gros doigts gourds
Sous l'aube en balance.

Plus la pluie s'éploie
Aux toits ruisselants
Grondent les nuages.

A force le vent
Forcit aux volets
Chuinte gueule et claque.

Partita des verres
Chantent le picrate
Et le rhum café.

La journée commence
Fomentée d'orages
A flutiaux les fioles.

Le jour se relève...
Le tympan crevé
A sifflets d'usine.


                                                                                     

                 







LA DOUANE


I



Clarté de grés d'une ruelle
En perspective des trottoirs
L'aile dure du vent circule.

En coiffe azur d'étoffe tuile
La nuit, les toits appesantis,
Jette l'ombre au pas des fraudeurs.

Ensommeillée, la nuque vaste
D'un paysage lent s'arrête:
Le cœur chante dans les oreilles.

Transi, l'arbre écoute l'étoile
Et se balance  sous les rires
Etouffés vers le crépuscule.

Le dos lourd des maisons s'efface,
Les guérites de planches veillent,
Le pavé tétanisé claque.

Elytres de bois les volets
Se replient au pli de l'aiguille:
Sourcilleux, l'us est à la ronde.

Aux parapets de pierre tremble
Le lierre sous la ronce des pluies,
Le vent rôde en fond de décor.

Bicyclette à la main, elle veille.
Dans l'écho sourd des mobylettes,
La rue rampe les reins brisés.

Demain, au matin, le quartier
Eclaboussé d'or lèvera
Ses portières garnies d'yeux clairs.

D'air, de ciel, de vent, de soleil
Au ventre frileux des nuages
Jaillira l'heure renversée,

Tandis qu'à petits pas garance
Et bleu les douaniers aux galons
Argent et feux se replieront.

Paroles rompues de lumière
La consigne sera donnée;
O sentinelle des frontières !



II




Le long du riez à pas de loups
A pas comptés les gabelous
Des frimas aux pluies printanières
Baladent leurs galons dorés

Derrière la becque s'agite
La lourde pelisse des dames
Dans la nuit imbibée de feux
Sous le drap ciel frangé de gris.

La gloriette du Vert-Gazon
Résonne du pas des passeurs
Aux chiens vifs blattés de tabac
De chocolat, de poivre et d'or.

L'ombre morte mange les mains
Des enfants de la contrebande
Au bastingage de frontière
Que roule la petite Espierre.

Malgré le cor et la grenade,
De pain beurré, de jambon gris
Sont les tartines du midi
Du Risquons-Tout au Cuirassier.

Tumulte en battements de voix
Le sang se glace dans les muches
Au matin dormant des chemins
Lorsqu'avance la raie garance.

Braem, Collado et Bassement
Les Brenne, Polvêche et Soudan
Furent ces chats de tissu bleu
A l'affût des fraudeurs de l'ombre.

Cyril, Sagot, Trompe la mort
Petit jean, Guérin,  P'tit Henri
Dorme, et tous ceux liés d'oubli
Vos guêtres craquent chaque soir.


Et dans le feuillet d'arc-en-ciel
Des blés, képis et baluchons,
Instant silhouettes muettes,
Arquent leurs arceaux d'émotion.

Tandis que dans l'estaminet
Fument la bûche et la chandelle:
Chiens assis, volets de bois vert
Fumet de pipe en terre cuite...

Tandis qu'au seuil des yeux d'argile
La lente migration des paumes
Glanent l'or en bouquet de sel
Sur les ballerines du soir.





                 


GOSSES DES RUES





Les cris roux sur les barques de briques,
Le silence encore, visite
L'arche fraternelle du tutoiement.

Le dialogue désert des hommes
Creuse l'enfance lumineuse:
Avalanche sable des comptines

Le pain du regard donne un cœur
Trajectoire noyée de verglas
Aux gouaches de l'anonymat.

Recueil de fenêtres enthousiastes
L'enfance prose attentive au monde
Passe, cheveux, chevaux, hors du temps.

Fauves sur des cargos de nuages
La musique des cageots du rire
Grave le mouvement fou des lèvres.

Charbon du sang Dieu fouille la forme,
La mise en sculpture de l'écho:
Moelle d'étoiles à minuit.

Aux vitres hâtives de l'oubli:
La caravane des chiens errants,
La gravité verte des grenouilles.



 

ARAB STORY







D'aucuns, le cœur en exil
Enclave déracinée
Blessure enflammée du temps
Songent toujours à l'oued
Au filet clair d'une paix
Hachée à jets de cailloux.
Jardins mouillés de lumière
Désert de sable et de pluie
Niche d'oiseau étranglé.
Détresse étrange, martyr,
Le sang devient une étoile,
La terre une abbaye blonde
Où brûle un parfum d'amour.
La patrie prend existence
Là où les enfants renouent
Au rituel des paroles
Rires et pleurs en bouquet.

Entre deux mains de prière
Se nourrit un sang nouveau.









D'HIER, D'AUJOURD'HUI, DEMAIN.




Se meurent les pinchonneux, les coulonneux
Et les bourleux. Evanouis les shakos
Les bicornes à plumes, hussards, dragons,
Zouaves, aiguilleurs de Mongy, réverbères,
Et allumeurs de réverbères, crieurs
De vitres, d'eau, chiffes et peaux de lapins.

A jamais éteintes les voix rocailleuses
Des tonneliers et bourreliers, des marchands
De marrons. Fini, le défilé des fiacres.
Mortes sont la Banque de France, la ferme
De la Bourgogne et la Cense Montagne.
Dissipée l'odeur d'étable et d'écurie.

Demeurent l'U.S.T, le conservatoire
La retraite à vau-l'eau, les congés payés
La Franche-Foire, la caisse de la sécu
Rité sociale, le bal de la police
La caisse d'épargne et le feu d'artifices.
Tonnent le centre piétonnier, les Crick-Sicks.

En demi-teintes le Musée, le marché
Aux fleurs, le pèlerinage à Notre-Dame
De la Marlière et notre Pont Hydraulique.
Que renaissent les jeux de l'eau, les ducasses
A Pierrot, les concerts du parc Clémenceau
L'âne de Saint-Nicolas, les Allumoirs !

Aux rampes neuves de l'Institut Colbert
Aux murs vieillissants du Lycée Gambetta
Au bassin gravide des reflets du ciel
Les châteaux d'Espagne puisent leur essor
Lente patience, sueur exténuée
Passe-gravier entre leurs cheveux de pierre.










QUARTIERS




De scories d'eau, de glaisières cupides
Terrasses infinies de roux labours,
S'ouvre le jour, campanule bruissant
Dans la bouffée des jardins qu'engloutit
L'avifaune farouche du matin:
          Harnais de chevaux attelés
          Du Pont-Rompu à la Bourgogne

Nacelles de soupirs en papillons
Vies humaines juste recommencées
Geste tranché repoussant l'horizon
Inéluctable, mêlées d'ombres chères
Enchevêtrées dans l'angle des cuisines:
          Du Clinquet à l'Epidème où
          Reluit le bois dur des playons

La souche de vieilles têtes brisées
Pétrie de fibres, d'os, de croix, de lin
Surchauffe à l'étuve de cuivre acide
Agite l'écaille rouge des mains
Cercle de nerfs de la race raclant:
          Dans leurs veines à sang la bourrasque
          Vie, du Blanc-Seau à la Potente.

Fils de chaîne, lambeaux lierre ébloui,
Pétale d'heure priant ses morts vivants,
Sacrifice dressé en barricade
Sous la miellée des fusains fleuris,
Hors la ville boutent le choléra:
          Foulons de foulerie battent
          Dru, Des Orions à la Croix-Rouge.

Briques brûlées, mâchefer au sillon
Unique destin, fureurs angéliques
Prisant la vie aux flammes de leurs mains
Mourant à cœur illuminés d'éclairs
Fier dédain pur au dur sentier des femmes;
          Hic, muant la hie des paveurs
          Nunc, des Francs à la Blanche-Porte.



Bouquets ourdis au rituel du sang
Les gosses jouent, semence de cristal
Le long des trottoirs le long des broussailles
Plaine au visage hérissé de fourrés
Dans le labyrinthe aveugle des caves:
          Corps de rumba et de mambo
          Du Brun-Pain au Pont de Neuville.

Miroirs en rafale aux mèches d'étoiles
Houle en guirlande à l'angoisse du soir
Lustre étouffé aux nids du Roitelet
Trame secrète au triomphe du rêve
Le coq couronne d'antiques misères:
          Où se baladent les simarres
          D'or, du Clinquet à la Malcense.

Ouvriers et paysans furent vôtres
Pavots verts de luttes nimbées de rage
Pour la pourpre grise des usiniers
Cendres de héros, fange du soleil
Griffe obscure du commerce royal:
          Rôles cachés dans les scribans
          Du Chêne-Houpline au Pont Tilleul

Ainsi le sceau de l'Histoire se grave
Sous les fantasmagories de la lune
S'enflamme sur les tuiles vernissées
Des moulins au gué du château Gaspard
Du Vert Baudet au cap du Moulin Bleu
Sur l'aigrette jaune du pissenlit
Du Gris Mouchon au blé du Vert-Gazon,
L'histoire décor des pots en faïence
Fichant sa loi dans les mortiers de bronze
Poudre à fusil et poudre de cloportes
Puisant son chant à l'arche de vos lèvres
A cogne trogne et ramasse châtaignes
Robots de bois aux pilons des hospices
Lucarnes couronnées de girouettes.
Ainsi l'histoire s'enracine au sol
Echos de cours flanquées de galeries
Des Carliers au Canal, de Gambetta
Au Point Central, derrière la pierraille
Bouquets d'orties aux grappes de l'enfance
Se bombant le torse en plaques de fer
Aux veines vertes du Pont Hydraulique
Couinant à bourdon heurtant à bourloire
Odeurs de foin coupé, giclée de bière
Humant les flamandes aux lourds rotoplots.
L'histoire se meut, chevaux de brasseurs
Se déverse en tonneaux, roule sciure
Rebondit sous le marteau du paveur
Chuinte; lavage, battage, suintage,
Chante à cloche-tête verveux flamand
Et, Cœur-Joyeux, résonne bagarrante.



                                                                                          

                 
DEMAIN


Watteuw, Desrousseaux, Nadaud, que n'êtes-vous plus
De soleil de pluie de vent s'effeuille la ville
Du cercle boulevard à la gare des francs.
Brûle Majon, Jacquemars Giélée, Simons
Que n’êtes-vous plus là. Echappée des grimoires
Elle est ce vieux poème de pierre et de briques
Noyé au bruit d'acier sourd des rails du Mongy.
Sous les pommettes d'angle des façades rases
La misère allumait des musées de silence
Les enfants dans les bras de leur mère mouraient
Jusqu'à ce que Dron vint; époque de merveille
Chanson d'espoir estoquée à la pourriture.

Dans l'air inchangé "ICHI I FAIT TOUDI FRO
MAIS DIN SIN COEUR TOUDI CO " demeure le rêve
Patience du lierre sous le blanc des nuages,
Désir obscur au ciel en tripes de lumière.
Dans l'heure semblable l'édition des hivers
A corps de rythme flou des printemps provocants.
La phrase des trottoirs module l'écriture
Des pas imprimés aux timbales des colères.
Dans l'anarchie des questions des cernes de pluie
Etalent des guirlandes aux flèches des grues
Défigurent le verre, imbibent les parpaings
Noient le béton sous les pavés de nos vingt ans.

Le bitume luisant, boulevard Gambetta
L'immense tour Mercure au Mercure de soufre
L'hôtel rigide des impôts aux vitres glaces
Accablent l'épaule au labyrinthe des bruits
Chemin gourd du silence aux terres d'hibiscus
Les doigts nègres sur la proue d'un violoncelle.
Inépuisable ville aux regrets inutiles
Demain l'avenir grandiose des monuments
Sera la couleur de vos yeux aux nuits de cendres
Et l'espoir, infime poésie en parure
Du cœur sera, demain, en essaim sur vos tempes
Demain encor; guitare sèche, la raison.









Tourcoing en Poésie

    SOMMAIRE



                        Héraut                                                                                   page :              3        
                        Vieux quartiers                                                                                             4
                        Maison flamande                                                                                          5
                        Grand Place                                                                                      à la suite
Grand-Place le soir
Place saint Christophe
Clocher Saint Christophe
Eglise Saint Christophe
Façade Saint Christophe
Parvis saint Christophe
Square Jules Watteuw
Rue Saint Jacques
Saint Jacques
Les Ursulines
Dron
Rue de Gand
Bois d’Achelles
Rue du Calvaire
Rue du Haze
Rue de Lille
Pierre de Guethem
Rue des Poutrains
Dragon
L’Egalité
Roitelet
Au Chêne Houpline
Pont de Neuville
Au Pont de Neuville
Au Pont Rompu
Rue des Piats
Rue de Mouscron
Rue des Trois Pierres
Place de la Victoire
Le Pont Hydraulique
Le Canal
Rue du Flocon
La Mackellerie
La Jument Verte
Frontispice
Armes
Matin
Parole
Pèlerinage                                                                              page                45
Mairie                                                                                                           47
Les Tourquennois                                                                                         49
Prénoms                                                                                                        50
Les Beaux- Arts                                                                                           52
Le Théâtre
Kaléïdoscope Museum
Usines                                                                                                           55
Estaminet                                                                                                      59
La Douane                                                                                                    60
Gosses des rues                                                                                            64
Zones à urbaniser en priorité
Arab Story
D’hier, d’aujourd’hui, demain
Quartiers                                                                                                       68
Demain                                                                                                         71




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